La maison autonome : bye, bye Hydro-Québec !
(partie1)
Par : André Fauteux
Le rêve de se débrancher du réseau est encore
très coûteux
« L'hypothèque, c'est l'erreur du siècle »,
estime Jocelyn Simard. C'est pourquoi, en 1992, sa conjointe Madeleine
Sauvé et lui ont décidé de s'autoconstruire une
maison en ballots de paille sur une terre de 15 acres, près
de Montebello, en Outaouais. Depuis dix ans, ces deux enseignants
et leurs trois enfants y cultivent l'autarcie, notamment dans leur
grands jardin, serre et verger biologiques, en chauffant au bois et
en utilisant une toilette à compost. Ils ont baptisé
leur domaine Centre Terra-Flora : ils y ont donné plusieurs
ateliers et écrit leur manuel sur La maison en ballots de paille,
récemment publié aux Éditions de Mortagne.
16 panneaux solaires
Pour leur troisième demeure, ce couple dans la
cinquantaine a poussé l'audace à la limite de la simplicité
volontaire : ils ne l'ont pas raccordée au réseau
d'Hydro-Québec, pourtant accessible sur leur rue. L'autosuffisance
énergétique de la maison s'appuie sur 16 panneaux photovoltaïques
(PV) convertissant l'énergie solaire en électricité,
ainsi que deux grosses batteries, que les panneaux chargent pour constituer
une réserve d'énergie, notamment pour les jours très
nuageux de novembre et de décembre. Le système est essentiellement
complété par des dispositifs de protection, un régulateur
de charge des batteries et un onduleur convertissant le courant continu
(12 volts DC) provenant des panneaux et batteries en courant
alternatif (110 volts AC) utilisé par leurs appareils
domestiques. Comme il devait devenir distributeur de ces appareils,
projet finalement tombé à l'eau, Jocelyn Simard a eu
la chance de payer son système seulement 10 000 $
plutôt que sa vraie valeur, d'environ 25 000 $.
Avec son climat rigoureux, son vaste réseau routier
et ses nombreuses industries énergivores, le Canada est le
deuxième consommateur d'énergie au monde par habitant
après l'Australie : 5,58 tonnes équivalent pétrole
(TEP) per capita (et 4,77 TEP au Québec) en 1999, comparativement
à 5,05 TEP aux États-Unis, 3,31 TEP en Suède
et 2,55 en France. Nous aurions donc tout intérêt à
imiter les Simard-Sauvé et utiliser davantage les sources d'énergie
propres que sont le soleil et le vent, plus abondants au Québec
que dans bien des pays européens qui en font grand usage. Le
problème, ici, c'est que l'abordabilité de l'électricité
et de l'essence freinent la percée des énergies douces.
Avant taxes, le client résidentiel d'Hydro-Québec paie
à peine 6,5 ¢ le kilowattheure (kWh), comparativement
au kWh photovoltaïque, qui coûte au moins quatre fois plus.
Certes, l'électricité québécoise est l'une
des plus abordables au monde. Par contre, l'inondation de vastes territoires
pour créer de grands réservoirs hydrauliques créé
d'importants impacts environnementaux et humains.