Hydro-Québec vient de permettre à un premier propriétaire
d'une maison d'injecter dans son réseau l'énergie solaire qu'il produit.
Un système « photovoltaïque » (PV)
de 3200 watts (3,2 kilowatts) a été installé en décembre dernier sur
la face sud du toit de la maison modèle du constructeur Groupe Boies
2000, rue du Verger Tétreault, à Otterburn Park, en Montérégie. Hydro-Québec
a accepté le projet-pilote proposé par le constructeur Martin Boies
en collaboration avec le ministère fédéral des Ressources naturelles.
C'est le premier projet du genre dans le secteur résidentiel,
puisque la chose existe déjà dans le secteur commercial.
Les essais sur la qualité du courant ainsi que sur la
sécurité de nos équipements et de notre personnel sont en cours. Si
les tests sont satisfaisants, le système PV pourra envoyer ses premiers
électrons sur le réseau, selon le responsable technique d'Hydro-Québec
TransÉnergie, Richard Grenier.
Le constructeur Martin Boies est très fier de cette première.
« Je suis très content car les gens pourront visiter notre
bureau pour voir comment ça fonctionne », dit-il.
M. Boies est aussi le premier Québécois à bâtir un quartier
entier de maisons à haute efficacité énergétique, certifiées Novoclimat
par l'Agence de l'efficacité énergétique du Québec.
Dans sa lettre à M. Boies, Richard Grenier d'Hydro-Québec
précisait que l'acceptation du projet-pilote " ne doit pas être interprétée
comme une acceptation ou un engagement de la part d'Hydro-Québec d'acheter
le surplus d'énergie qui sera écoulée sur son réseau ". Par contre,
le 26 novembre dernier, Hydro-Québec demandait à la Régie de l'énergie
d'autoriser le principe de " mesurage net " pour l'autoproduction
d'électricité, déjà permis par la vaste majorité des provinces canadiennes
et États américains. La société d'État pourrait ainsi réduire tous
les mois la facture d'un client autoproducteur, mais ne lui paierait
rien sur une base annuelle s'il produisait au profit du réseau public
plus qu'il n'avait consommé.
Le système photovoltaïque de Martin Boies mesure 567 pieds
carrés et consiste en de très minces panneaux PV américains, de marque
Unisolar, collés à des panneaux métalliques qui font office de revêtement
de toiture. La tendance mondiale est vers cette intégration du PV
aux immeubles car, à coût légèrement moindre, le système intégré est
de loin plus discret que des panneaux à cadre d'aluminium montés sur
une toiture métallique, explique l'ingénieur David Elzinga, de la
compagnie ontarienne Arise Technologies.
Ce fabricant a installé la toiture de 42 000 $
sans coût pour M. Boies grâce à l'aide financière de Ressources naturelles
Canada. Dans le cadre de la lutte contre les changements climatiques,
le ministère souhaite supprimer les obstacles au grand déploiement
des systèmes PV connectés aux réseaux électriques.
Le premier système québécois ne produira en moyenne que
3200 kilowattheures (ou 225 $) d'électricité par année.
S'il n'est pas rentable pour le particulier, le potentiel est énorme
pour la planète.
« C'est le début d'une nouvelle ère au Québec,
estime le directeur de Greenpeace Québec, Steven Guilbeault. Tous
les immeubles pourront ainsi devenir producteurs d'énergie, ce qui
va réduire la demande de pointe et donc le besoin de démarrer ou de
construire des centrales hydroélectriques, thermiques ou nucléaires. »
Mais, pour que le public participe, « le gouvernement
devra subventionner le coût d'acquisition des systèmes comme c'est
déjà le cas dans plusieurs pays », plaide le président
de l'association Énergie solaire Québec, Benoît Perron.