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Une première usine québécoise
de biodiesel en 2004

Par : André Fauteux, éditeur
Magazine La Maison
du 21e siècle
Victime de la crise de la vache folle et de la fièvre
aphteuse, une filiale des Aliments Maple Leaf investira 7,5 millions
de dollars à partir de l'an prochain, en Montérégie,
pour construire la première grande usine canadienne produisant
du « biodiesel ». Ce carburant ultra écologique
est issu de la récupération de graisses animales et
d'huiles végétales non comestibles. « Les
images télévisées de montagnes de carcasses animales
brûlées nous ont causé de la mauvaise publicité »,
reconnaît Claude Bourgault, directeur québécois
de la compagnie Rothsay-Laurenco, de Sainte-Catherine, dont la compagnie
soeur, Laurentien, produit aussi des gras comestibles. « Depuis
mai dernier, l'exportation de graisses non comestibles a été
interdite et 60 % de nos produits étaient exportés. »
Heureusement pour quelque 60 employés menacés
de chômage, cet ingénieur en énergie thermique
avait eu en 2001 la brillante idée de fabriquer du biodiesel
pur, dit B100. Pour éviter qu'il n'encrasse les injecteurs
des moteurs, le B100 est filtré de ses fines particules et
on lui retire sa glycérine par un procédé physico-chimique
à base de méthanol. Comme le diesther de méthyle
qui en résulte vire en margarine autour du point de congélation,
un mélange 20 % biodiesel et 80 % pétrodiesel,
appelé B20, est utilisé en hiver. L'Europe roule au
biodiesel depuis 1989, mais Claude Bourgault et son équipe
ont inventé un procédé très efficace qui
permettrait de réduire de 50 à 66 % tiers les coûts
de capitalisation et de production à grande échelle.
De mars 2002 à mars 2003, dans le cadre du projet-pilote
BIOBUS, 155 autobus de la Société de transport de Montréal
ont carburé au B20 provenant de résidus d'équarrissage
d'animaux, d'huiles de friture et d'huiles de soja de seconde qualité
transformés par Rothsay-Laurenco. En plus de démontrer
la viabilité du B20 en climat froid, ce test a permis de confirmer
que, par rapport au pétrodiesel aux vapeurs hautement toxiques,
il réduit notamment les émissions de monoxyde de carbone
de 17 à 25 %, les particules responsables du smog de 18
à 30 % et le CO2 contribuant aux changements
climatiques de 18 %.
« Dès l'an prochain, Rothsay-Laurenco
pourrait alimenter nos trains, nos camions et nos bateaux carburant
au diesel, dont l'approvisionnement est plus facile que pour les voitures. »,
affirme le directeur du projet BIOBUS, Camille Lagacé. Président
de la firme de marketing Cine Nomine, celui-ci est un championn du
biodiesel : « La ressource est locale et renouvelable,
elle n'exige pas de modifications aux infrastructures existantes ni
aux moteurs diesel, qui émettent alors moins de fumée,
sont mieux lubrifiés et sont plus silencieux. »
D'ailleurs, le moteur inventé par Rudolf Diesel vers 1895 carburait
à l'huile d'arachide.
S'ils roulaient tous au B20, les 2 850 autobus urbains
québécois en consommeraient 18 millions de litres
par an pour une réduction de 42 000 tonnes de CO2.
D'après M. Lagacé, cela équivaudrait à
remplacer 8 400 voitures diesel roulant sur 20 000 kilomètres.
Dès le printemps prochain, Rothsay-Laurenco investira
« entre 7 et 8 millions de dollars » afin
que SNC Lavalin Audet agrandisse de 854 mètres carrés
son usine pilote qui emploie acutellement deux personnes, confirme
Claude Bourgault. « Nous prévoyons commencer la
production de biodiesel dès octobre prochain et elle atteindra
35 millions de litres quatre à cinq mois plus tard. »
En plus de maintenir 70 emplois, ce projet créera 12 nouveaux
postes directs.
Le président des Aliments Maple Leaf, Michael McCain,
vient d'approuver le projet qui devrait être entériné
par le conseil d'administration de la compagnie début décembre,
ajoute M. Bourgault. « Si le marché est là
en 2005-2006, la production passera à 70 millions de litres
par année en ajoutant une deuxième ligne de production
au coût de 2,3 millions $. »
C'est que le marché nord-américain est énorme :
350 flottes d'autobus et de camions américains roulent déjà
au biodiesel. Actuellement, Rothsay vend la majorité de sa
production en Ontario, où le B20 est détaxé et
ne coûte à la pompe que 1,5 cents le litre de plus
que le pétrodiesel, qui nécessite l'ajout d'un lubrifiant.
Le hic, c'est que le gouvernement Charest n'a pas retenu le projet
péquiste d'exempter le biodiesel de la taxe de route de 16,2
¢/L, au même titre que l'éthanol. « La
Société de transport de Montréal veut convertir
toute sa flotte d'autobus au B20, mais comme elle est déficitaire
elle attend la détaxe, explique Claude Bourgault. Ça
nous ferait un petit peu mal au cœur de tout exporter. »
Selon la porte-parole Huguette Proulx du ministère
de l'Environnement du Québec, le projet de détaxer le
biodiesel est encore à l'étude au ministère des
Finances. (2004)
www.stcum.qc.ca/info/biobus.htm
www.biodiesel.org
Remboursement aux transporteurs en commun de la taxe sur les carburants
payée sur le biodiesel (avril 2005)
Revenu
Québec
André Fauteux, éditeur
Magazine La Maison du 21e siècle
www.21esiecle.qc.ca
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