Les citrouilles de John Ott étaient déprimées...
et lui aussi. Il n’arrivait pas à les faire fleurir à
temps pour le tournage du film Cendrillon, de Walt Disney. Son scénario
exigeait des photos, de citrouilles maturant sur la vigne, prises
à intervalles et qu’on visionnerait en accéléré
dans le film. Alors encore banquier, Ott pratiquait cette technique
(« time-lapse photography ») dans ses temps
libres. Il en deviendra le plus grand spécialiste, célèbre
pour ses plantes dansant au rythme de la musique au grand écran.
Un jour brûla le tube fluorescent qui éclairait
les citrouilles dans son sous-sol. Après l’avoir remplacé
par un autre tube acheté en quincaillerie, Ott fut émerveillé
de constater que toutes les fleurs femelles se développèrent
pleinement. Après avoir cherché en vain pourquoi, il
se rappela que le nouveau tube répliquait la couleur du jour
(« daylight white ») tandis que le vieux était
d’une couleur plus froide (« cool white »).
Une découverte qui le mènerait à faire fabriquer,
par la compagnie Duro- Test en 1967, le premier fluorescent « à
spectre complet », le Vita-Lite. Celui-ci imitait encore
mieux le spectre équilibré des couleurs visibles et
invisibles de la lumière solaire.
Passionné par ses découvertes, Ott quitte
le domaine de la finance pour se consacrer entièrement à
ses recherches autodidactes. Il se rend compte que les cellules humaines
et animales possèdent un processus similaire à la photosynthèse
chez les plantes. Un processus de conversion de l’énergie lumineuse
en énergie chimique, qu’il appelle « combustion
biologique ». Il lui paraît évident que si
la source d’énergie (la lumière) est modifiée,
le résultat final de la réaction chimique cellulaire
s’en trouve aussi modifié. En utilisant la lumière comme
seule variable, on peut faire muter des plantes, provoquer des cancers
chez des rats de laboratoire et faire perdre le nord à des
cellules humaines.
Comme le démontrent de plus en plus de recherches,
la lumière est un nutriment au même titre que la nourriture.
Trop ou pas assez de certains types de longueurs d’ondes lumineuses,
tels le rayons ultraviolets (UV), peut être aussi dommageable
qu’un surplus ou une carence en vitamine A, par exemple. Selon John
Ott, pour être en parfaite santé, un être humain
devrait être exposé le plus souvent possible au spectre
complet de la lumière, variant des courtes longueurs d’onde
des radiations ultraviolettes au plus longues des infrarouges. La
vie sur terre a évolué grâce à l’équilibre
des petites quantités de chacune de ces ondes lumineuses. Malheureusement,
les fluorescents et simples ampoules électriques généralement
utilisés dans nos maisons et bureaux ne rencontrent pas ces exigences.
Au début du siècle, des médecins
européens disaient déjà qu’une bonne dose de
lumière du jour est aussi vitale que l’air pur et la bonne
nourriture. Mais Ott fut le premier à préconiser la
fabrication d’éclairages artificiels à spectre lumineux
complet. Il a aussi reçu plusieurs prix et honneurs, dont celui
de cultiver des légumes dans l’espace pour des astronautes.
Le photographe et inventeur
John Ott explore l’impact de
la lumière sur la santé des
gens, des animaux et des
plantes depuis 40 ans. Le
voici avec Fred Mendelsohn,
qui dirige sa compagnie,
Environmental Lighting
Concepts. Ils tiennent une
boîte de néons à
spectre complet.
Malillumination
Aujourd’hui, à 84 ans, John Ott est le photobiologiste
autodidacte le plus célèbre au monde. Il explore l’impact
des divers types d’éclairage sur la santé des plantes,
des animaux et des humains depuis 40 ans. Son fameux livre Health
and Light (Ariel Press), publié en 1973, a été
vendu à plus de trois millions d’exemplaires. Il y déplorait
déjà que la crainte du cancer de la peau incitait certains
à éviter tout contact avec les rayons UV. Ces personnes
souffraient de mallillumination, disait-il, une carence aussi grave
que la malnutrition.
Ce résidant de la Floride s’assied lui-même
une heure par jour à l’extérieur, à l’ombre.
À ceux qui ne peuvent se permettre ce luxe, il suggère
d’ouvrir les fenêtres le plus souvent possible (tout vitrage
filtre une partie du spectre solaire) et de se munir des ses « Ott
lights », éclairages fournissant une lumière
au spectre complet. Il évite les écrans solaires pour
la même raison qu’il ne porte pas de verres fumés: parce
qu’ils déséquilibrent la lumière naturelle. Les
verres fumés sont nocifs, selon lui, car ils surexposent les
yeux à une seule couleur (vert, bleu, jaune, etc.). Il a donc
fait fabriquer des verres neutres, d’un teint gris. Ott ne fume pas,
ne boit pas, mange modérément et fait de l’exercice
deux fois par jour. Il est en pleine santé... mais un peu sourd.
JOHN OTT N’EST PAS UN ILLUMINÉ
Ancien consultant auprès de multinationales de l’éclairage
et de diverses agences fédérales américaines,
John Ott a été congédié par chacunes d’elles.
Il prétend que certaines entreprises ont même conçu
sur mesure des études dans le seul but de réfuter ses hypothèses.
Sans le vouloir, il a toujours suscité la controverse.
Comme tout chercheur autodidacte, il était une cible facile:
il affirmait souvent des choses ignorées par la littérature
médicale et il n’avait pas toujours toute la rigueur d’un scientifique.
Des multinationales l’attaquèrent vigoureusement lorsqu’il
déclara que leurs ampoules incandescentes émettaient
trop d’ondes infrarouges et jaune-rouge, et que leurs fluorescents
étaient trop bleus.
Ott avait le sens de l’observation et la patience méticuleuse
d’un Pasteur. Il s’est apperçu, au microscope, qu’un filtre
rouge empêchait la photosynthèse des cellules végétales,
qu’une surdose d’UV pouvait même les tuer, et qu’une lumière
fluorescente rose transformait les rats en cannibales !
Confirmations médicales
Plusieurs de ses hypothèses ont été
maintes fois confirmées. Ott fut sans doute le premier à
dénoncer publiquement les dangers des rayons X, radio
fréquences et champs électromagnétiques d’extrêmement
basses fréquences émis par les téléviseurs,
écrans d’ordinateur et éclairages fluorescents conventionnels.
Il a d’ailleurs contribué à l’adoption du Radiation
Control Act par le Congrès américain, en 1968.
La radiation, disait-il, déprime le système
immunitaire et ses effets s’apparentent à ceux de la malillumination.
C’est ainsi qu’il a blindé son téléviseur et
ses tubes fluorescents à l’aide de plomb, afin de réduire
la radiation qu’ils dégagent. Exposés aux radiations
d’un écran d’ordinateur, les feuilles de ses plantes viraient
au jaune et mourraient, des cellules sanguines rouges s’agglutinaient.
Exposées à un de ses fluorescents à spectre complet
(« Ott-Light ») pendant cinq minutes, les cellules
sanguines se séparaient.
On traitait jadis la jaunisse des nourissons en les exposant
à une lumière bleue... qui donnait la nausée
au infirmières! Le professeur de pédiatrie Jerold Lucey,
de l’université du Vermont, fut le premier à traiter
cette maladie avec succès avec des Ott-Light. Ils contiennent
la dose de bleu et d’autres longueurs d’ondes présentes dans
la lumière solaire.
En 1973, le Dr. Richard Wurtman, professeur émérite
d’endocrinologie à l’Institut de Technologie du Massachusetts
(MIT), écrivait que « la lumière est le deuxième
apport environnemental le plus important dans le contrôle des
fonctions corporelles, après la nourriture.» Wurtman
croit également qu’une carence ou une surdose de certaines
ondes lumineuses produit des effets semblables à celles résultant
d’un manque ou d’une surdose de certaines vitamines.
Depuis 1984, des psychiatres utilisent la photothérapie,
en exposant à des lumières à spectre lumineux
complet les gens souffrant de dépression hivernale (Seasonal
Affective Disorder ou « SAD »), due à
un manque de lumière. (Les géants de l’éclairage
fabriquent désormais des produits à spectre complet.)
Des médecins explorent même les bénéfices
de la photothérapie dans le traitement de divers cancers et
du sida.
En 1989, des chercheurs de l’université américaine
Carnegie-Mellon ont confirmé ce que Ott disait une vingtaine
d’années plus tôt: que les champs électromagnétiques
provoquent des changements cellulaires.
Enfin, la Société canadienne d’hypothèques
et de logement a récemment constaté que les personnes
hypersensibles sont incommodées par le verre énergétique
(à faible émissivité ou « Low-E »),
qui filtre le spectre lumineux complet du soleil. D’ailleurs, Ott
a également fait fabriquer du plexiglass ne filtrant pas les
rayons ultraviolets.
John Ott n’est pas un illuminé. C’est un homme
brillant, un « hors-la-loi » offrant une lueur
d’espoir parmi tant d’autres pour les malades.