On
appelle combustion spontanée un feu occasionné par l'échauffement
d'une matière inflammable, produit par une réaction
chimique ou organique. Celle-ci doit s'effectuer sans que n'intervienne
aucune source d'inflammation tel une étincelle, une source
de chaleur ou une flamme nue. Dans nos résidences, ces feux
fantômes sont souvent issus du mélange d'une substance
combustible comme un tissu et d'une matière oxydante liquide
comme l'huile de lin, utilisé entre autre pour protéger
les revêtements de bois.
Loin d'être mystique, le phénomène
s'avère plutôt bien connu des agriculteurs, mais dans
ce cas, il est plutôt le résultat d'une action biologique
ou interviennent des micro-organismes combinés à un
environnement très humide. De cette façon, le foin incorrectement
séché et entreposé en vrac est propice à
créer une combustion spontanée. Le charbon de bois humide,
le grain moulu et l'agglomération de farine ou de copeaux de
bois, dans un milieu offrant un taux élevé d'humidité
représentent tous des possibilités de s'enflammer sournoisement.
Plusieurs produits domestiques sont susceptibles de provoquer
de tels incendies et les risques sont parfois négligés
de par le manque d'information sur le sujet. Pourtant la menace d'un
incendie provoqué spontanément est bien réelle.
Le ministère de la sécurité publique nous confirme
qu'il s'agit bien d'une cause d'incendie non négligeable mais
aucun moyen précis de mesure n'est effectif pour en recenser
le nombre. La plupart des cas relevés sont constatés
par déduction et vérification après avoir éliminé
les autres causes possibles d'allumage.
Le Service de Sécurité des Incendies de
Montréal (SSIM) pour sa part, compte parmi ses critères
de recensement, de précieux détails sur les causes des
incendies. Les statistiques révèlent, pour les cinq
dernières années, une moyenne de cinq cas d'inflammation
spontanée par année, pour Montréal. Sur les 22
incendies en question, 9 incidents mettent en cause un tissus de coton,
un chiffon huileux ou un déchet imprégné d'huile.
Rassurez-vous, les risques sont facilement évitables
en s'assurant d'acquérir une bonne connaissance et une bonne
compréhension du problème. Les matières oxydantes
propices à créer les conditions pour s'enflammer d'eux-mêmes,
tel les huiles d'origine végétale ou animale, certains
vernis, laques et diluants, ainsi que certains peroxyde, sont instables
chimiquement et représentent un réel danger pour la
sécurité. Ces produits sont susceptibles d'augmenter
la vitesse de propagation et l'intensité d'un incendie, en
plus de rendre extrêmement inflammables, certaines matières
qui ne le seraient pas dans des conditions normales.
La prudence s'impose lors de l'utilisation de tel produits.
Pour un travail sécuritaire, évitez d'exposer ces matières
à des sources de chaleurs ou d'inflammation et maintenez une
bonne aération des lieux. Aussi considérez comme dangereuse,
toutes substances dont vous ignorez la stabilité chimique.
Il est parfois possible de choisir des produits de remplacement plus
sécuritaires pour effectuer le même travail.
Une recette inflammable
La recette idéale (lire plutôt indésirable)
pour créer une combustion spontanée est simple. Laissez
simplement traîner un linge imbibé d'huile d'origine
végétale ou animale, en le chiffonnant innocemment pour
permettre à la chaleur de s'accumuler. Laissez ensuite mijoter
le tout, à des températures chaudes tel nos canicules
estivales, pour permettre au temps d'accomplir son uvre maléfique.
Vous pouvez aussi narguer le destin et jeter votre chiffon dans un
sac rempli de papier pour bien alimenter le futur feu et pourquoi
ne pas sortir le sac au soleil, près d'un revêtement
ou d'une clôture de bois.
Évidemment cette expérience n'est pas une
situation souhaitable mais avouez qu'il est drôlement facile
de recréer ces conditions par inadvertance, sans se méfier
du problème.
Une autre situation des plus simple à reproduire
prend souvent naissance dans la cuisine. Pour risquer d'en être
victime, il suffit d'éponger un dégât d'huile
végétale avec des papiers absorbants. Chiffonnez-les
ensuite dans un sac de papier pour alors en disposer avec les ordures
ménagères. De cette façon vous avez des chances
de voir apparaître, toute magie confondue, un regrettable feu
de poubelle.
Des précautions
Lors de travaux ou de déversement impliquant une
substance susceptible de provoquer une combustion spontanée,
lavez ou immergez dans l'eau tout tissus imbibés et étendez-les
au grand air ou dans un endroit bien aéré pour le séchage.
Ranger ensuite les tissus et autres produits combustibles contaminés
dans un récipient métallique comme un contenant de peinture
vide que vous aurez préalablement nettoyé, avant d'en
disposer de façon sécuritaire. La réaction peu
se produire dans le tissu même après un lavage.
Méfiez-vous des sécheuses. Un incident plusieurs
fois rapporté, se produit après avoir sorti de l'appareil,
une pile de vêtements chauds parmi lesquelles, un tissu imprégné
d'huile de lin ou autre huile végétale. Une fois le
linge au repos, la réaction chimique est libre de combiner
ses effets à la chaleur du linge et ainsi provoquer un incendie,
qui ne manquera pas de vous surprendre. Cet exemple exprime bien le
caractère sournois de ces feux provoqués de façon insolite.
Le chlore à piscine mérite une attention
particulière lors de sa manipulation et de son entreposage.
Une réaction active et incendiaire est provoquée lors
du mélange d'une concentration de chlore en quantité
et d'une petite quantité d'huile, de gaz ou de toutes formes d'hydrocarbure.
Dans
une intention connexe de prévention contre le feu, inspectez
vos systèmes d'éclairage encastrés. Un cas fréquemment
rencontré ces dernières années par les services
d'incendie, intervient en présence d'un luminaire encastré
mise en contact avec de la laine cellulosique. Sans manquer de nous
rappeler les cas de combustion spontanée, cette cause d'incendie
n'en fait pas partie puisqu'il s'agit d'une lente réaction
qui s'active lors du contact entre la laine isolante et le boîtier
chaud, lequel représente une source de chaleur. Un feu peu
prendre ainsi naissance après plusieurs années de patience.
Si vous possédez de tels luminaires, il serait certainement
plus prudent de procéder à l'inspection de ces installations
pour vous éviter de très mauvaises surprises.