Le bois traité sous pression à l'arséniate
de cuivre chromaté (ACC) a fait couler beaucoup d'encre dernièrement
et continuera sans doute quelques temps à semer les émois.
Ce matériau de construction très répandu dans
le domaine résidentiel est voué à disparaître
du marché. Grâce aux pressions gouvernementales, les
fabricants canadiens ont volontairement consenti à cesser d'utiliser
ce produit pour le traitement du bois, d'ici le 31 décembre 2003.
L'arséniate de cuivre chromaté est un puissant
pesticide qui compte parmi ses composantes des éléments
appétissants comme l'arsenic, le chrome et le cuivre. Les dangers
associés à ces produits, particulièrement à
l'arsenic qui se libèrent par lessivage des structures en bois
traité à l'ACC, sont encore mal définis et sèment
une certaine controverse.
Les individus à risques
Les jeunes enfants représentent le groupe social
le plus exposé et le plus vulnérable aux effets néfastes
sur la santé de l'ACC. En plus d'avoir une faible résistance
aux produits chimiques, alors qu'ils s'affairent à jouer dans
les carrés de sable, sous les patios, sur les terrasses de
piscine et sur les jeux modulaires, les petits ont l'habitude de porter
les mains à leur bouche et de se frotter les yeux fréquemment.
Ainsi en contact avec le bois traité et ses rejets, ils courent
le risque de développer entre autres des cancers de la peau,
de la vessie, des reins ou des poumons.
Les
travailleurs de l'industrie du bois traité, de sa fabrication
jusqu'à sa transformation en produits finis, sont également
très exposés et se doivent de se protéger adéquatement.
L'enlèvement
Malgré les récentes recommandations publiées
par Environnement Canada, l'organisme ne recommande pas l'enlèvement
du bois en question. Il s'agirait alors de déplacer le problème
ailleurs comme dans le célèbre dicton : " pas dans
ma cour. "
Le recouvrement
La solution proposée par le gouvernement consiste
à recouvrir complètement toutes les surfaces du bois,
lorsque c'est possible, avec un produit pénétrant à
base d'huile. L'application annuelle ou bi-annuelle de ces matières
suffit à réduire de 80% à 95% l'évasion
des substances chimiques contenues dans le bois traité à
l'ACC. Ironiquement, un point positif émerge de cette situation
: Dites-vous bien qu'avec un tel traitement, votre patio risque de
durer de très nombreuses années.
Les teintures semi-transparentes à base d'huile
feront parfaitement le travail. Évitez les peintures, en plus
de rendre le blocage inefficace, ces dernières sont propices
à cloquer ou à laisser transparaître des saignements
lorsqu'appliquées sur du bois traité.
Des solutions de rechange
Le traitement du bois comporte malgré tout des
avantages évidents. Le fait de prolonger la durée de
vie utile des constructions de bois exposées aux intempéries
et aux sources d'humidité contribue à ralentir l'exploitation
des ressources forestières. Quelques produits préservateurs
dépourvus d'arsenic sont déjà disponibles pour
le traitement du bois. Aussi, il serait sage d'utiliser d'autres matériaux
comme le métal, le béton ou les composites de plastique
recyclé ou encore des essences plus résistantes comme
le cèdre.
Afin de retarder la détérioration, évitez
d'enfouir les poutres de bois directement dans le sol. Utilisez plutôt
des piliers de métal ou de béton pour asseoir les pattes
des balcons et autres structures.
Le bois perdure
Une technologie provenant de l'Europe est présentement en développement
au Québec dans la région du Saguenay et devrait devenir
prochainement disponible à grande échelle. Le bois perdure
est traité sans apport de produits chimiques. Le bois est séché
dans un four à très haute température pour atteindre
un taux d'humidité très bas. Un tel traitement procure
au bois une grande résistance à l'humidité et
aux intempéries ainsi qu'aux insectes et aux micro-organismes.
Ce bois qui prend et garde une allure tout à fait
appréciable, s'avère néanmoins un peu plus dispendieux
et perd quelque peu de sa flexibilité. Toutefois ce matériau
de remplacement s'avère très prometteur et comporte
des avantages écologiques intéressants.
Conseils d'utilisation et de manipulation
Les gouvernements canadiens et américains ont émis plusieurs
recommandations concernant l'utilisation ou la manipulation du bois
traité à l'ACC. En voici un survol :
Afin d'empêcher vos enfants de jouer sous les balcons
ou les structures de bois traité, clôturez-en l'accès.
Il est aussi préférable de ne pas entreposer de jouets
ou d'outils à ces endroits.
Il est fortement recommandé d'exclure totalement
la mise en contact de ce bois verdâtre avec de la nourriture,
de l'eau potable ou de tous maillons de la chaîne alimentaire.
L'arsenic rejeté par le bois traité s'accumule dans
les organismes vivants et augmente en concentration lors du transfert
vers les prédateurs. Ne jamais utiliser comme matériau
pour la construction de mangeoires, de bacs à compost ou de
planches à dépecer ou encore comme paillis en copeaux.
Aussi recouvrez d'une nappe les tables à pique-nique avant utilisation.
Si vous avez à manipuler du bois traité,
portez des gants imperméables et des manches longues. Ajoutez
à votre protection des lunettes de sécurité et
un masque respiratoire pour effectuer des coupes dans le bois et assurez-vous
de bien ramasser et jeter les restes et le bran de scie. Lavez-vous
ensuite les mains avant de boire, manger ou fumer. Lavez également
vos vêtements de travail séparément de la lessive régulière.
Les produits de nettoyage et de blanchiment contenant
de l'hypochlorite de sodium ou encore de l'acide citrique ou oxalique
sont à éviter sur le bois traité. Les produits
chimiques dangereux pourraient ainsi se faire rejeter du matériau.
Heureusement, ce bois mal traité n'est pas considéré
comme déchet dangereux. Il est encore possible de s'en débarrasser
avec les ordures domestiques selon les règlements municipaux.
Le risque de voir apparaître des dépotoirs improvisés
en pleine nature s'amenuise donc.
Pour terminer sur un point important et soulevé
avec insistance : ne jamais brûler de bois ayant subi un traitement
à l'ACC. La fumée et les cendres provenant d'un pareil
feu s'avèrent toxique et très cancérigène.