La présence évidente et chronique de moisissures
dans les maisons coûte « des centaines de dollars
par personne par année en frais médicaux »,
affirme l'ingénieur Jim White, conseiller sénior à
la recherche de la Société canadienne d'hypothèques
et de logement (SCHL).« Nous n'avons pas les moyens de
mesurer ces coûts exactement, mais, chose certaine, les gens
ne devraient pas cohabiter avec une colonie fongique »
(opinion maintes fois confirmée par les tribunaux). Dans les
cas extrêmes, les champignons peuvent être très
néfastes, même causer des dommages permanents. La plus
célèbre victime québécoise est le pédiatre
et communicateur de Québec, Roland Albert. Une inondation dans
son bureau, survenue il y a quelques années, a alimenté
une colonie de champignons toxiques à son insu.
Sa secrétaire et lui en sont tombés extrêmement
malades. Aujourd'hui, les spécialistes de l'Hôtel-Dieu
de Montréal imputent aux moisissures la cause de son rein défaillant.
Depuis quelque temps, le fameux docteur Albert doit subir une dialyse
trois fois par semaine.
Cause la plus probable des poupons morts
En début d'année, le principal champignon
en cause, le Stachybotrys atra, a même été identifié
comme « l'agent causal le plus probable » dans
neuf cas de poupons morts d'hémorragies pulmonaires aiguës,
cas survenus à Cleveland, en Ohio, depuis 4 ans. « Les
spores (organe reproducteur) de ce champignon contiennent des mycotoxines
très puissantes qui semblent être particulièrement
toxiques pour les poumons en croissance rapide des jeunes bébés »,
explique un rapport que nous a transmis le docteur Dorr Dearborn,
de l'University Case Western Reserve de Cleveland. Ces hémorragies
aigües très rares n'ont malheureusement été
diagnostiquées qu'au moment d'investiguer ces cas de syndrome
de mort subite au berceau. Les seuls indices précurseurs :
saignements de nez, toussotements, pâleur, cessement abrupte
dans les pleurs, irritabilité, apoplexie, mollesse et grognements.
Ces bébés étaient surtout des garçons
noirs, âgés de quatre à 16 semaines, nés
de mères fumeuses qui ne les nourrissaient pas au sein. Ils
vivaient dans des maisons extrêmement contaminées à
cause de graves problèmes d'humidité chroniques :
écoulement de plomberie et de toiture, inondation survenues
quelques mois auparavant, systèmes de ventilation recirculant
dans les chambres à coucher l'air du plancher du sous-sol.
Principaux symptômes
Le Stachybotrys Atra est un des champignons « trichotécènes »
les plus toxiques. Selon le docteur Eckardt Johanning, un expert du
Centre Médical Mont Sinaï de New York, les principaux
effets toxiques de ces champignons ont été qualifiés
d'« apparentés aux radiations : inhibition
de la synthèse d'ADN, ARN et de protéines, inhibition
de la mitose et destruction cellulaire et suppression immunitaire.
La route d'entrée peut être la bouche, la peau ou les
poumons (la toxicité est alors accrue). »
Dans un rapport traduit Claude Mainville du Laboratoire
Vital/Air de Longueil, le docteur Johanning énumère
les principaux symptômes typiques d'une intoxication aux trichotécènes:
problèmes respiratoires, irritation des yeux et de la peau,
malaises grippaux, fatigue excessive, maux de tête, troubles
de mémoire et d'humeur, nausée, vomissement, diarrhée.
Les nourrissons, les enfants, les vieillards malades et
les adultes immunocompromis (SIDA, cancer, maladies du foie) semblent
à plus haut risque et les femmes enceintes devraient être
protégées d'une exposition inutile, conclut l'expert.
« Même après un nettoyage optimal, certaines
personnes semblent devenus hypersensibles à de très
petites quantités de moisissures. »
André Fauteux, éditeur
Magazine La Maison du 21e siècle, janvier 2005 www.21esiecle.qc.ca