Un rêve ! … pour les chats du quartier qui
ont adopté notre nouvelle toiture de garage et y courtisent
les oiseaux attirés par les fruits du jardin suspendu. En plein
coeur de Montréal, notre toiture de bitume, qui attirait surtout
les lanceurs de pierres, s'est transformée en une discrète
oasis. Une aire de gazon mêlé de paille, d'allure échevelée
en hiver.
De l'humble toit de chaume à la terrasse-jardin
urbaine, le concept de toiture végétalisée est
le même : parvenir à l'étanchéité
la plus complète sur une structure solide permettant à
la fois l'écoulement des eaux et une rétention suffisante
pour la survie des végétaux dans des conditions climatiques
extrêmes. Les nouveaux produits et systèmes développés
par les manufacturiers de membranes d'imperméabilisation rendent
plus accessible la réalisation d'une toiture végétalisée,
tant sur toit plat que pentu.
Avantages plus qu'écologiques
En 1994, la Suisse a adopté une loi obligeant à
verdir les toits de tous les nouveaux grands immeubles urbains, sur
une surface équivalente à leur empreinte au sol. Ceci
non seulement pour compenser la réduction de l'espace vert
vital de la flore et de la faune, mais aussi pour régulariser
l'évacuation des eaux pluviales qui, faute de sol perméable,
engorgent les égouts lors de fortes pluies.
La terre est un régulateur naturel de température.
Elle reflète une partie des radiations solaires et absorbe
le reste. En hiver, sur une toiture végétalisée
d'isolation minimale, avec sous-toiture chauffée et sans entretoit
ventilé, cette terre agit comme isolant thermique en ré-irradiant
sa chaleur accumulée.
En été, dans le cas d'une toiture avec entretoit
ventilé, le sol humide dissipe la chaleur accumulée
par évaporation et agit comme un système de climatisation
tout à fait naturel en temps de canicule. Par cet effet régulateur
de température additionné d'une protection contre les
rayons ultraviolets, la végétation protège la
membrane d'étanchéité des forts écarts
de température ty-piques de notre climat. On peut présumer
que son espérance de vie réelle, d'environ 15 ans, doublera.
La végétalisation de la toiture améliore également
l'isolation acoustique. La faible densité de la masse végétale
absorbe les sons en empêchant leur réverbération.
Doit-on renforcer la structure du toit ?
Lofts Laliberté, Québec
Soprema
On distingue trois types de toitures végétalisées:
la toiture-terrasse paysagée, la toiture-jardin et la toiture
résidentielle à versants de faible pente.
Normalement, la création d'une toiture-terrasse
ou d'une toiture-jardin n'est envisageable que dans la mesure où
le calcul des charges a été fait lors de la conception
architecturale. Le support, habituellement en béton, et une
épaisse couche de terre végétale permettent la
mise en place des éléments d'aménagement paysager
ainsi que la croissance d'arbres, arbustes et fleurs de grande taille.
Ce sont des toitures dites de végétalisation intensive,
terrasses et jardins conçus par des professionnels, par exemple
au sommet du Nouvel Hôtel à Montréal.
Quant aux toits végétaux résidentiels
construits artisanalement, ils nécessitaient jadis une charpente
de bois massif résistant à la moisissure, pour supporter
la masse de terre. Depuis l'arrivée des systèmes Sopranature
de Soprema et Garden Roof d'Hydrotech, qui permettent la croissance
des plantes sur une mince couche de substrat drainé par de
légers panneaux gaufrés, les charges sont moindres.
Souvent, le support existant a la capacité de porter une végétation
réduite, dite extensive, ne nécessitant pas de renforcement
de structure. Les manufacturiers fournissent un guide de planification.
On y indique le poids de chaque élément composant le
complexe d'étanchéité et le matériel d'aménagement;
on peut ainsi vérifier la résistance structurale du
toit à transformer.
On doit toujours se référer au Code National
du Bâtiment car, selon le type de bâtiment et l'usage
que l'on fera de la toiture, la réglementation peut être
plus restrictive. Des garde-corps peuvent être exigés
si l'on fait usage de cette toiture comme balcon-terrasse, par exemple.
Quel genre de toit ?
Théoriquement, toute surface de toit, quelle que
soit sa forme, peut être végétalisée. Les
toits de moins de 40% de pente peuvent recevoir certaines plantes
sur seulement 6 cm. (2,4 pouces) de substrat. Les toits plats (1/2
à 2%) peuvent supporter plus de 30 cm. (12") de terre et recevoir
une végétation plus intensive qui exigera forcément
plus d'entretien.
On doit donc d'abord déterminer le type de végétalisation
souhaité en relation avec la fréquence d'entretien qu'il
exige. Il faut aussi prévoir un accès au toit et tout
près, une sortie d'eau pour l'arrosage.
En plus d'embellir le paysage et de
faire
renaître la verdure éliminée par une
construction, le toit végétalisé protège
la
membrane d'étanchéité et agit comme
isolant thermique et acoustique. Hydrotech
Les végétaux et l'entretien
Parmi les plantes vivaces adaptées à notre
climat qui se sont montrées résistantes à la
sécheresse pour un minimum d'entretien dans un sol pauvre,
on retrouve les sedum. Plantes grasses de couleurs variées,
elles couvrent bien le sol et se multiplient rapidement sur 3 po.
de substrat. Les sempervivum et les crucifères alyssum complètent
bien un aménagement. Les concepteurs de systèmes fournissent
les semis et le substrat au pH approprié.
Dans le cas d'une toiture retenant 6 po. de terre végétale,
le choix de plantes est plus vaste. On peut planter comme base une
graminée, le festuca spp. ou le poa compressa, et se permettre
de petits arbustes comme le cotoneaster dammeri et … de l'herbe à
chats (la cataire, nepeta cataria, dont raffolent les félins) !
L'important est de s'assurer que les différents
types de plantes choisis auront les mêmes exigences d'ensoleillement,
d'humidité et de type de sol. Il faudra aussi les sélectionner
en fonction de la zone de rusticité. Une toiture végétalisée
demande de l'entretien. On doit arroser en période de sécheresse
et désherber au moins deux fois en saison de croissance, vérifier
la valeur nutritive du terreau et fertiliser avec des engrais organiques
lors de la plantation.
Coût de transformation et garantie
Le coût d'un système de végétalisation
revient à plus de 8 $ du pied carré de surface; dépendant
de la complexité de la toiture, on doit ajouter les coûts
de transformation architecturale et de drainage si requis ainsi que
ceux de la plantation.
La membrane d'étanchéité est l'élément
essentiel de ce complexe et, dans le cas d'une habitation, votre choix
devrait s'arrêter au meilleur plan de garantie offert par l'Association
des maîtres couvreurs du Québec, normalement cinq ans
sur les matériaux et la main-d'oeuvre. Afin de prévenir
le percement de la membrane, éviter de planter des végétaux
à longues racines coriaces et maintenir un pH de sol alcalin
plutôt qu'acide.
Considérations environnementales
Si les techniques de végétalisation de toiture
proposées par les divers manufacturiers sont similaires, les
membranes d'étanchéité diffèrent quelque
peu. La membrane de Soprema est faite de bitume élastomère
additionné d'agents chimiques anti-racines sur armature de
polyester non tissé. Elle se présente en rouleaux de
1 mètre de largeur et doit être soudée au chalumeau.
La membrane d'Hydrotech est aussi de bitume élastomère,
mais sous forme liquide qui s'étend à chaud. Elle a
l'avantage d'être monolithique, donc sans joint. Hydrotech propose
comme protection contre les racines envahissantes un polyéthylène
non plastifié 15 mils, barrière physique non chimique.
Les panneaux de drainage sont de polyéthylène
entièrement recyclé chez Hydrotech et de polystyrène
alvéolé chez Soprema.
Par ailleurs, la Société Bemalux offre une
membrane de bentonite composé (argile et caoutchouc butylé).
Celle-ci s'installe à joints chevauchés (elle n'est
donc ni collée ni soudée) et par confinement d'un poids
de terre de 20 lbs. par pi.2. On
peut la poser soi-même sur une petite surface de toiture. Coût:
environ 1,75 $ du pi.2.
Toutes les toiles géotextiles sont de polypropylène.
Mis à part la membrane, l'ensemble d'un système de végétalisation
est généralement constitué uniquement de matériaux
recyclés, sans CFC et réutilisables pour une application
durable. Bien qu'il comporte des éléments issus de la
pétrochimie, ce système contribue, par sa nature même,
à réduire la pollution entraînée par la
fabrication d'autres produits domestiques à base de pétrole
et d'usage moins salutaire.
Lorsqu'on choisit de végétaliser une toiture,
on opte pour la durabilité et la reconstitution des milieux
naturels … au plus grand plaisir des chats ornithophiles. C'est aussi
participer à la recherche pour un environnement plus durable.
Depuis vingt ans, Angéline Spino est architecte spécialisée
en transfert technologique de procédés de construction
à ossature de bois. Elle a collaboré avec des entreprises
européennes au développement technique de la construction
de maisons saines et écologiques. On peut la joindre chez Xyloformes,
atelier de charpente en bois massif et distributeur de matériaux
sains, au (514) 279-4838.
Angéline Spino, architecte
Magazine La Maison du 21e siècle www.21esiecle.qc.ca