Le gouvernement américain a récemment reconnu
que les enfants qui touchent souvent au bois traité à
l’arséniate de cuivre chromaté (ACC) courent un plus
grand risque de cancer du poumon et de la vessie. Santé Canada
recommande de le sceller annuellement ou aux deux ans à l’aide
d’une teinture pénétrante. La Maison du 21e siècle
recommande la teinture à l’huile pénétrante à
base d’eau de marque Sansin, mais il faut d’abord laver à haute
pression le bois traité. Enfin, l’an dernier, des experts floridiens
ont découvert que le sol est souvent hautement contaminé
sous les équipements de bois traité à l’ACC et
qu’après dix ans, ce bois libère encore plus d’arsenic
et de chrome cancérogènes dans l’environnement. Les
fabricants canado-américains ont d’ailleurs volontairement
accepté de cesser l’usage de l’ACC au plus tard le 31 décembre
2003, mais certains détaillants dont Rona comptent en acheter
jusqu’à la dernière minute et vendre le reste en 2004.
C’est d’ailleurs pourquoi l’état du Maine vient d’interdire
l’achat de bois traité à l’ACC dès le mois d’octobre
et sa vente à partir d’avril 2004.
Comme l’industrie du bois traité chimiquement sous
pression a fait des ventes de 600 millions de dollars au Canada en
1999, la concurrence est vive dans le domaine des solutions de rechange,
qui sont nombreuses.
Précisons d’abord qu’il est évident que,
pour toutes les structures en contact avec le sol ou l’eau, l’utilisation
de matériaux qui ne se décomposent pas ou le font très
lentement, est idéale car les conditions humides favorisent
le développement de champignons et bactéries dégradant
le bois. Les fourmis charpentières peuvent parfois creuser
des galeries dans le bois, mais on peut les combattre en utilisant
des produits écologiques très efficaces, par exemple
à base de borate.
D’une façon générale, une simple
teinture ou peinture appliquée régulièrement
aux 2 ans ou 5 ans, selon le produit utilisé, ainsi
que le degré d’exposition du bois à l’humidité
et au soleil, protège convenablement le bois contre la pourriture.
Voici un portrait des solutions de rechange pour les applications
en contact avec le sol ou une humidité importante.
Bois traité sans arsenic
Bois traité à l’ACQ (CAQ en français,
pour cuivre à l’ammoniac quaternaire, dont la marque Pro Nature
de Goodfellow) :
Principal produit de remplacement du bois traité
à l’ACC, on s’attend à ce qu’il accapare 80 % du
marché. Plus sécuritaire pour les enfants, sans arsenic
ni chrome cancérogènes, ce bois contient par contre
un fongicide contre les champignons résistants au cuivre. Comme
l’ACQ est corrosif, il faut utiliser des clous et des vis en acier
inoxydable, plus dispendieux. D’un marchand à l’autre, le surcoût
de ce bois traité est de zéro chez Home
Depot à 30 % ailleurs. Dans les Laurentides, BMR
Eugène Monette le vend à 6 $ pour une planche
de 1 1/4’’ x 6’’ x 8’ (été 2003).
Bois traité au cuivre et azole (CA traité
et vendu sous le nom Stormwood par Weyerhaueser
ou Wolmanized Natural Select de Arch Wood Protection) :
Ce produit serait un peu moins efficace et dispendieux
que le bois traité à l’ACQ. Il pourrait cependant très
bien faire l’affaire pour des structures non en contact avec le sol
ni les plans d’eau. À la fin mai, chez Rona
Riopel à Sainte- Adèle, il coûtait plus
cher que l’ACQ de chez BMR : 6,62$ la planche de 1 1/4’’ x 6’’ par
huit pieds, comparativement à 4,98 $ pour le bois traité
à l’arsenic, encore en vente chez Rona.
Fait important à noter, comme ils contiennent environ
trois fois plus de cuivre algicide que l’ACC, ces traitements au cuivre
sont moins recommandable pour les quais et autres structures en contact
avec les plans d’eau. « Les animaux aquatiques sont plus
sensibles au cuivre qu’à l’arsenic, alors le bois traité
à l’ACC est en fait plus écologique pour les usages
au bord de l’eau », expliquait au quotidien Daily Press,
de Newport en Viriginie, Huck DeVenzio, responsable du marketing et
des communications chez Arch Wood Protection. Récemment, celui-ci
nous précisait : « Nous attendons les résultats
définitifs, mais des études sur divers produits connexes
ont démontré qu’ils n’affectait pas les terres humides
ni ne tuait les espèces animales dans les eaux autour des structures
de bois traité. »
Bois traité à la maison
Les laboratoires du département d’agriculture et
foresterie des États-Unis ont conçu une recette maison
qui lessivera pas mal de produits toxiques dans l’environnement et
qui est idéale pour les utilisations hors sol. La voici :
faire fondre une once de cire paraffine dans un bainmarie.
Ne pas chauffer au-dessus d’une flamme vive.
Simultanément, placer avec précaution un peu moins qu’un
gallon de solvant (alcool minéral, solvant à peinture
ou térébenthine à la température de la
pièce) dans un récipient. Ensuite, ajoutez lentement
la paraffine au solvant et brassez vigoureusement. Ajouter trois tasses
de vernis pour l’extérieur ou 1,5 tasse d’huile de graine de
lin au mélange. Mélanger jusqu’à ce que les ingrédients
soient bien intégrés. Une fois refroidi, vous pouvez
l’étendre sur le bois ou le tremper dedans.
D’autres produits peuvent être préparés
à la maison, tel le LifeTime, présenté dans cette
revue en juin 2000. Inventé en Scandinavie il y a 60 ans, c’est
un traitement 100% naturel et non toxique protégeant le bois
à vie contre la pourriture. LifeTime est une poudre à
base de plantes et de minéraux que l’on dissout dans l’eau
avant de l’appliquer au pinceau ou au rouleau. Des tests indépendants
faits chez Norwest Labs, d’Edmonton,
ont conclu que le produit ne laisse aucun résidu toxique dans
l’eau ni dans le sol. Avec une seule application à vie, ce
traitement n’exige aucun entretien et il permet au bois de respirer
et d’être teint, selon son fabricant canadien, Valhalla
Wood Preservatives. Le produit peut être appliqué
jusqu’à une température extérieure de 0°
C et la poudre peut être entreposée indéfiniment.
Moins cher que les agents de conservation chimiques, il serait également
plus performant selon son fabricant, car il migre dans les parties
du bois non traitées lorsque le bois fend au soleil. Ce produit
est distribué au Québec par la compagnie À
fleur d’eau (voir nos contacts à la fin du dossier).
D’autres produits sont également disponibles sur
le marché comme l’huile de teck, le cuivre et bore, etc.
Bois traité à la chaleur
Le traitement Perdure foncit le bois.
Le groupe Lebel, de Rivière-du-Loup,
travaille présentement au développement d’un bois pour
différentes applications extérieures totalement écologi-que.
Fabriqué selon le procédé français Perdure,
acquis par des gens d’affaire de Jonquière, Dream- Wood, marque
de commerce du nouveau bois Lebel, ne contient aucun agent chimique
ajouté. Le groupe Lebel a acheté des fours dans lesquels
on chauffe le bois à haute température (230° Celsius
en moyenne) pendant six à douze heures selon l’essence. «
Cette technique possède l’avantage de stabiliser le bois, en
plus de le rendre non désirable pour les organismes nuisibles
», explique Stéphane Pitre, vice-président ventes
et marketing, division bois traité. « Sa durabilité
égalera et dépassera celle du cèdre rouge de
l’Ouest », poursuit monsieur Pitre. Le bois écologique
DreamWood peut être recouvert d’une teinture à base de
résines de bois ne contenant aucun produit pétrolier
et n’utilisant que l’eau comme solvant. Celle-ci devrait être
mise en marché en même temps que le bois.
Le bois Dreamwood est traité
à la chaleur selon le procédé
français Perdure, acquis
par des Québécois.
Si le bois écologique DreamWood n’est pas protégé,
il grisonnera avec le temps, comme tout autre bois traité de
façon conventionnelle. Mais ce qui fait la beauté de
ce produit, c’est qu’il possède la même couleur d’un
bord à l’autre. Ce qui veut dire qu’un simple arrosage à
pression avec de l’eau lui redonnera son teint naturel. Le prix de
vente se rapprochera sensiblement de celui du cèdre rouge.
Pour ceux qui s’impatientent de voir ce nouveau produit, nous avons
appris que les premières planches devraient être mises
en vente au cours de l’été, mais il faudra attendre
au printemps 2004 pour une distribution à grande échelle
de cette nouvelle génération de bois totalement écologique.
Résistance naturelle
D’après le Laboratoire américain des forêts, quatre
espèces de bois ont une résistance exceptionnelle :
l’if occidental, l’osage orange, le mûrier rouge et le robinier.
Les espèces suivantes sont également durables : le cyprès
chauve, le catalpa, les cèdres, le cerisier noir, le châtaignier,
le cyprès d’Arizona, le genévrier, le prosopis, le chêne
blanc, le séquoia, le sassafras officinal et le noyer noir.
À noter que des espèces telles le cèdre rouge,
le cerisier, le cyprès chauve, le noyer et le séquoia
sont surexploitées. Toujours exiger que ce bois soit certifié
FSC ou CSA
comme provenant de forêts gérées durablement.
Voyons maintenant les essences les plus couramment utilisées
au Québec.
Cèdre rouge de l’Ouest (Thuya picata)
Le cèdre rouge de l’Ouest, ou « thuya
géant » de son nom français, est un conifère
qui pousse dans les forêts humides de la Colombie- Britannique.
C’est un arbre qui vit plusieurs centaines d’années et pourrit
très lentement. Il arrive de voir en forêt des cèdres
rouges de deux à trois mètres de diamètre qui,
lors de tempêtes de vent, se font déraciner et tombent
sur le coté sur un sol couvert de fougères. Comme un
côté du tronc dépasse les fougères et est
au soleil, il arrive souvent que de jeunes arbres s’y implantent.
Le plus surprenant, c’est de voir des arbres centenaires dressés
sur ces troncs non décomposés après cent ans !
Le cèdre rouge est plus résistant et plus
durable que le bois traité chimiquement. Il est donc évident
que c’est une essence d’arbre idéale pour une utilisation extérieure
et même dans le sol ou dans l’eau. Il a l’avantage aussi d’être
léger, mais il est un peu moins robuste que le pin. Cependant,
les forêts de cèdre rouge sont menacées par la
surcoupe et cette essence coûte deux fois plus cher à
l’achat que le bois traité à l’ACC. Par contre, l’érection
d’une structure ne coûtera que de 30 à 60 % plus
cher, car le coût de la main-d’oeuvre est le même, peu
importe le genre de bois utilisé.
Si aucune protection n’est appliquée sur le cèdre
rouge, il grisonnera avec le temps. Mais il est facile de le ramener
à sa superbe teinte rougeâtre originale en le brossant
avec une laine d’acier et du vinaigre.
Cèdre du Canada (Thuya occidentalis)
Ce cèdre blanc de l’Est pousse dans nos forêts
canadiennes et québécoises. Il atteint rarement plus
d’un mètre de diamètre. C’est un bois qui se défend
très bien contre les champignons et bactéries sans l’aide
d’un agent de conservation, comme le démontrent des maisons
de billots bicentenaires et en bon état. Il est naturellement
presque aussi durable que le bois traité chimiquement selon
les règles de l’art.
Le cèdre de l’Est n’est pas aussi résistant
que son cousin de l’Ouest, mais il a longtemps été utilisé
par nos ancêtres pour faire des piquets et des clôtures
que nous pouvons encore admirer aujourd’hui. Son prix est généralement
comparable à celui du pin traité, surtout si on l’achète
directement d’une scierie telle celle des Produits forestiers MDR
de Sainte-Adèle.
Meubles fabriqués au Québec
en jatoba, bois tropical de forêt
indienne bien gérée.
www.cledesbois.com
Cyprès jaune (Chamaesiparis nootkatensis)
Également de l’Ouest, presque aussi résistant
que le cèdre rouge, quoique plus coûteux. Il se vend
généralement huit fois le prix du bois traité
à l’ACC. Souvent utilisé pour les meubles extérieurs.
Pruche (Tsuga canadensis)
Plus résistant à la pourriture que le pin,
mais moins résistant que le cèdre du Canada ou le bois
traité à l’ACC, il peut quand même être
utilisé pour des situations hors sol. Sa teinte est brune.
Son prix est généralement plus bas que celui du bois traité.
Teck de Birmanie (Tectona grandis)
Extrêmement durable et résistant aux intempéries,
il peut demeurer des centaines d’années à l’extérieur
sans être traité. Évidemment plus beau si enduit
d’huile annuellement. Son prix est tout aussi extraordinaire, soit
environ vingt fois plus élevé que le bois traité
à l’ACC ! Également utilisé surtout pour confectionner
des meubles.
Ipé (Tabebuia serratifolia)
Bois brésilien doté d’une solidité
et d’une durabilité impressionnantes, il possède une
teinte brun foncé presque noire. Populaire pour les terrasses
et les bancs de parc, car il est pratiquement impossible d’y graver
un graffiti ! Assemblage plus long, car il est impossible de
le visser sans percer des trous au préalable. Très lourd
et très coûteux : huit fois plus cher que le bois
traité à l’ACC.
Plastique recyclé
Il existe plusieurs fournisseurs de pièces de plastique
recyclé, ce qui est préférable à l’enfouissement
ou à l’incinération. Étant souple, il est généralement
combiné à une structure métallique.
Kemf
Un produit très intéressant car très
résistant et pratiquement sans entretien, le plastique recyclé
Kemf peut être utilisé pour des quais, des terrasses,
des allées, des promenades, des marches, de même que
pour des murets ou des tables à pique-nique. Environ quatre
fois plus cher que le bois traité à l’ACC. Contrairement
aux autres entreprises, la compagnie Kemf
offre des pièces de format très variable du 2” x 4’’
au 12” x 12’’, mais le distributeur suggère d’utiliser
des pièces structurales plus courtes, tel un poteau 4” x 4’’
d’un mètre de longueur comme patte de belvédère.
Re-Source
Le plastique recyclé Re-Source.
Offert dans sept différentes couleurs, ce produit
fabriqué par Plastival est aussi
en plastique (bouteilles de lave-vitre en polyéthylène
haute densité) 100 % recyclé. Il est garanti vingt
ans. Ce produit est offert sous quelques formes différentes,
dont des planches embouvetées. Les vis #6 de 1 1/4pouce
ou les clous à finir de 2 pouces, en acier galvanisé,
sont utilisés pour l’installation, de même que les mêmes
outils que pour la pose du bois. Cependant, Plastival n’offre pas
de solives en plastique recyclé. Il suggère de poser
des solives de bois ou d’acier aux 12 pouces plutôt qu’aux 16
pouces, ce qui réduit les coûts en permettant d’utiliser
des planches Re-Source de 3/4 pouce d’épaisseur plutôt
que d’un pouce. Selon l’épaisseur, ce matériau coûte
de deux à quatre fois plus cher que le bois traité à
l’ACC, soit en moyenne 2,70 $ le pied linéaire pour une
largeur de 6 3/4 “ d’épaisseur. Comme il se contracte
au froid et prend de l’expansion à la chaleur, on devra laisser
un quart de pouce de jeu à chaque bout si on le pose entre
deux colonnes par temps froid.
Perma-deck
Fabriqué par la compagnie québécoise
Cascades Re-Plast, le Perma-deck est
un produit 100 % recyclé fait de retailles d’usines, notamment
de polyéthylène et de polypropylène, ce dernier
lui conférant une plus grande rigidité diminuant son
coefficient d’expansion. Garanti 25 ans, il ne se fendille pas
et ne pourrit pas. Il résiste à peu près à
tout : humidité, sel, huiles, produits chimiques, bactéries,
insectes et même aux rayons ultraviolets. Peut être travaillé,
vissé, scié et sablé tout comme le bois. Vendu
dans plusieurs formats, dont le 1’’ x 6’’ embouveté,
2’’ x 6’’ et 2’’ x 10’’, à bout arrondi
pour les marches ou non. Non structurel. Quatre couleurs sont offertes.
De 2,75 $ à 3 $ le pied linéaire.
Trex
Issu d’un mélange de plastique recyclé et
de fragments de bois recyclé, ce matériau ne requiert
aucun entretien, ne craque pas, ne provoque pas d’échardes
et résiste aux moisissures et aux insectes, sauf aux termites.
Son volume est stable, peu importent les écarts de température,
et la surface n’est pas glissante lorsque mouillée. Le Trex
se travaille comme le bois, il peut même être peint ou
teint. S’il résiste aux rayons ultraviolets à long terme,
sa couleur pâlit cependant, surtout la première année.
La compagnie offre maintenant, pour le choix des couleurs, des échantillons
qui ont subi le changement d’une année d’exposition. Les teintes
de gris changent moins que les bruns. Le matériel est entre
deux et trois fois plus coûteux que le bois traité à
l’ACC. Comme le prix de la main-d’oeuvre est le plus important lors
de la réalisation, le surcoût une fois installé
par un professionnel est de 50 %, par exemple 3400 $ pour
une petite terrasse au lieu de 2300 $ avec du bois traité.
Le vinyle (PVC)
Fabriqué entre autres par Plastival, le PVC (polychlorure
de vinyle) est l’une des plus anciennes et plus importantes matières
plastiques, la première production remontant à 1913.
Le PVC est un polymère obtenu par addition, bout à bout,
de molécules de chlorure de vinyle composées de carbone,
d’hydrogène et de chlore. Le PVC est composé à
57 % de sel naturel (chlorure de sodium) et à 43 %
de dérivés du pétrole.
Nous suggérons d’utiliser les matériaux
de plastiques recyclés plutôt que le PVC, qui est rarement
recyclé. Pourquoi utiliser du pétrole pour fabriquer
plus de plastique, alors qu’on pourrait réutiliser les plastiques
déjà fabriqués ? D’autant plus que la production
et l’éventuelle combustion du PVC génèrent des
quantités appréciables de dioxines très toxiques.
Plusieurs compagnies offrent d’autres types de produits
en PVC, dont des gaines couvre-poteaux pour recouvrir les structures
en bois.. Ces matériaux sont en moyenne cinq fois plus chers
que le bois traité à l’ACC. Comme c’est un matériau
souple qui ramollit au soleil, il n’y a pas de 4" x 4"
en PVC.