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Vos petits besoins polluent-ils ? (suite)
Par : André Fauteux,
Magazine La Maison du 21e siècle

  Résultats obtenus par les trois systèmes certifiés par le BNQ
Valeurs des effluents des nouvelles technologies de traitement secondaire avancé des eaux usées.

  En date du 1er janvier 2006, seulement trois systèmes avaient complété avec succès le banc d'essai de 52 semaines mis en route en 2003 par le Bureau de normalisation du Québec.


Bionest Technologies
  Le système québécois Bionest fut le premier à compléter avec succès le suivi de performance du banc d'essai du BNQ. Il utilise des fosses septiques à deux compartiments. Le premier est doté d'un préfiltre retenant les solides et d'une conduite de recirculation qui ramène une partie de l'eau traitée à la fosse septique par une mini-pompe à fontaine afin d'augmenter l'épuration. Le deuxième réservoir contient une grande quantité de pellicule de plastique. Ce média sert de support sur lequel s'implante une culture microbienne qui décompose les polluants dans des conditions d'oxygénation alternantes (aéré, non aéré).

  Les boues biologiques produites ne peuvent se déposer dans le premier compartiment du bioréacteur Bionest car il est alimenté en permanence de fines bulles d'air préchauffé provenant de la maison. Elles se déposeront plutôt dans le second compartiment où se poursuit l'épuration dans des conditions faiblement oxygénées. Les eaux usées prennent quatre à cinq jours à traverser les deux fosses. Les boues, grandement réduites en volume et en toxicité, sont mesurées chaque année et vidangées au besoin.

Forces : Installation simple. Système invisible car complètement enfoui. Support de plastique n'ayant jamais à être remplacé. Pour les sols imperméables, l'ajout d'une désinfection aux rayons ultraviolets UV est certifié comme traitement tertiaire. Il permet le rejet dans un fossé, car il réduit le nombre de coliformes fécaux potentiellement mortels à un seuil satisfaisant les critères de l'eau de baignade.

Limites : Requiert une oxygénation constante et donc une alimentation électrique de 105 watts en permanence. Production de petites quantités de boues qui devront être valorisées. En cas de panne d'électricité ou de pompe, un détecteur de basse pression sonne une alarme dans la maison. L'épuration se poursuit tout de même car le système fonctionne par gravité.
Prix (avant taxes, installation incluse et excluant la fosse classique) pour une maison de trois chambres à coucher : à partir de 6 500 $ et jusqu'à 9 000 $ en rénovation. Ajouter, si nécessaire, 1 500 $ à
2 000 $ pour une station de pompage et 3 000 $ pour une lampe UV, installation incluse. Entretien annuel : 75 $.

Le Biofiltre Ecoflo
  Le Biofiltre Ecoflo est sur le marché depuis 1995 et compte près de 30 000 installations en Amérique du Nord et en Europe. Il est fabriqué par Premier Tech Environnement, division de Premier Tech, une compagnie de 1 300 employés cotée à la Bourse de Toronto. C'est le principal producteur québécois de tourbe de mousse de sphaigne. Faite de résidus de plantes plus ou moins décomposés s'accumulant dans les tourbières, cette mousse retient jusqu'à 25 fois son volume en eau. Ce système est certifié comme traitement secondaire avancé ou tertiaire avec UV.

  Cette technologie utilise la tourbe de sphaigne dans un réservoir de fibre de verre habituellement sans fond. Les eaux usées prétraitées par la fosse septique se déversent à l'entrée du module de biofiltration dans une vrille à basculement alterné qui les distribue uniformément sur le lit filtrant. D'une épaisseur de 80 centimètres, la tourbe de sphaigne est un matériau fibreux stable et très poreux qui filtre et retient l'effluent qui y percole. Ceci favorise la biodégradation au contact avec les micro-organismes qui sont oxygénés passivement par des ouvertures pratiquées dans le caisson.

  Les eaux s'écoulent dans le sol sous le caisson. La superficie de la zone d'infiltration dépend du nombre de chambres à coucher de la résidence et de la perméabilité du sol. La profondeur de l'installation dépend aussi de la nature du sol ainsi que du niveau des eaux souterraines.

Forces : Fonctionne par gravité, sans consommation d'électricité. Invisible lorsque l'enfouissement total est possible. Premier Tech possède la plus grande équipe québécoise de recherche et développement en matière de traitement décentralisé des eaux usées. La tourbe est maintenant garantie pendant dix ans (au lieu de huit auparavant) car elle est installée en deux couches distinctes. Elle a dû être remplacée gratuitement à cause d'une usure prématurée dans seulement 1 % des
30 000 installations, selon le fabricant.

Limites : Exploite les tourbières, des écosystèmes précieux pour la biodiversité, l'absorption des fortes pluies et la dépollution naturelle. L'extraction de la tourbe contribue aux changements climatiques en entraînant l'émission de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Le caisson dépassera le niveau du sol et fera une butte visible si une station de pompage est exigée par la nature du sol ou le niveau de la nappe phréatique. Un modèle en béton armé et excédant moins la surface du sol intègre une pompe de relèvement de l'effluent traité afin de permettre une dispersion près du sol récepteur.

  La tourbe de sphaigne doit être entaillée annuellement pour éviter que les eaux noires créent une rigole et aboutissent dans la nature sans traitement. De plus, ce système coûtera cher à long terme car il faudra investir 1 500 $ (prix actuel sujet à augmentation) aux dix ans pour l'entretien annuel et le remplacement de la tourbe. Dans le cas d'un système tertiaire (rejet dans un fossé ou un cours d'eau), la lampe UV a une durée de vie limitée. En outre, le flux irrégulier des eaux domestiques entraîne des dépôts, sur les lampes, de la lignine et du tanin de la tourbe ce qui réduit leur efficacité.

  Coût installé pour un chalet de trois chambres avec champ de polissage :
6 500 à 7 500 $, excluant la fosse septique (1 500 $ installée), et jusqu'à
12 000 $ en rénovation. Ajouter jusqu'à 3 000 $ pour l'installation d'une lampe UV et 1 000 $ de plus pour un caisson de béton avec station de pompage.

Le Roseau épurateur
C'est la nouvelle technologie la plus performante. Les filtres plantés ont été développés en Allemagne dans les années 1940. Le Roseau épurateur est d'ailleurs une entreprise québécoise fondée par un Allemand, Alexander Schubert, à l'origine sous le nom de Phragmitech. Cette biotechnologie reproduisant les mécanismes naturels de dépollution a été adaptée au climat québécois depuis 1995 par l'entrepreneur Claude Galarneau. Plus d'une centaine de ces marais artificiels desservent présentement des résidences isolées chez nous.
Le marais est un bassin rendu étanche par une membrane élastomère nécessaire car les racines des roseaux peuvent percer l'argile. De plus, la membrane emprisonne à jamais les métaux lourds et autres impuretés dont le phosphore précipité par l'ajout de chaux. Le bassin est ensuite rempli d'un substrat de terre (recette secrète conçue pendant deux ans) filtrant les particules et dans lequel des phragmites (roseaux communs) sont plantées. Des fibres naturelles permettent de développer quelque 100 000 espèces de bactéries qui digèreront les polluants organiques comme dans notre estomac. Elles sont doublement oxygénées : d'abord par une pompe (61 watts en permanence) installée dans la maison, puis par l'apport naturel d'air fourni à longueur d'année par la tige des roseaux. L'air se rend jusqu'à leurs racines creuses au niveau desquelles s'effectue l'épuration des eaux. Des tests dans un bassin de la municipalité de Chelsea ont démontré que par une température extérieure de - 30 °C, l'air au niveau des racines dépasse les 40 °C grâce à l'activité bactérienne.

Forces : Aucun rejet dans la nature en hiver car l'eau s'évapore. Après trois ans, la pompe devient désuète car les racines ont atteint leur maturité : jusqu'à un mètre de profondeur, l'impressionnant réseau de racines, appelé rhizosphère, accroît les performances épuratoires. Les roseaux ont alors envahi le bassin mais ils ne peuvent envahir le terrain. De plus, ils évitent le colmatage du substrat filtrant et ils résistent au gel et à la sécheresse.

  L'effluent épuré est évacué horizontalement à l'extérieur du bassin vers un champ de polissage de sable et il peut ensuite s'écouler direct dans un cours d'eau si nécessaire. En effet, le système est aussi certifié tertiaire, sans traitement UV : aucun coliforme fécal n'est mesurable à la sortie du champ de polissage qui est aussi doté d'une membrane d'imperméabilisation.

  Tout comme les autres systèmes, celui-ci est offert en modèles commercial ou institutionnel. " Les bassins de roseaux sont parmi les systèmes prometteurs pour beaucoup de petites municipalités au Québec, car ils sont moins coûteux que les traditionnels étangs aérés ", nous disait il y a quelques années M. Yves Piette, de la Société québécoise d'assainissement des eaux (SQAE).

  Ce système est très économique à long terme. Sa durée de vie est indéterminée et il est sans entretien, à part un léger désherbage les deux premières années et le faucardage automnal des tiges que l'on peut composter. " La membrane est garantie à vie et, lorsque les roseaux meurent, d'autres poussent en plus grand nombre, comme c'est le cas au bord des marais et des autoroutes ", explique Jean-Marc Bélanger, le responsable du ministère de l'environnement qui a supervisé les projets-pilotes en Estrie.

Limites : Certains clients préfèrent un système invisible. L'épandage de chaux dolomitique est requis deux fois l'an pour un système classé secondaire avancé et trois fois l'an pour un système tertiaire. Coût initial plus élevé, à partir de 12 861 $ pour une maison de trois chambres à coucher. Pour un système tertiaire (banc de sable imperméabilisé), ajouter 3 000 $.

www.bionest.ca
www.enviro-septic.com
www.premiertech.com/ecoflo
www.roseau-epurateur.com

Pour plus d'informations :
Fapel : www.fapel.org
www.mddep.gouv.qc.ca

André Fauteux,
Magazine La Maison du 21e siècle
www.21esiecle.qc.ca
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